DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION
Mt 21, 1-11 Is 50, 4-7 Ps 21 (22) Ph 2, 6-11 Mt 26, 14 – 27, 66
Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Le dimanche des Rameaux et de la Passion ouvre ce que nous appelons la Semaine Sainte ou la Grande Semaine. Dans la liturgie de ce dimanche, nous trouvons un contraste assez saisissant. Dans un premier temps, la foule accueille triomphalement Jésus à Jérusalem en criant : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! ». Dans un second temps, cette même foule va crier quelque temps après : « Qu’il soit crucifié ! ». Tout en sachant ce qui l’attend, Jésus avance vers sa passion avec détermination, voulant accomplir l’œuvre de la Rédemption pour laquelle il a été envoyé par le Père. La foule lui a tourné le dos, ses ennemis se moquent de lui, beaucoup de ses amis l’ont abandonné, sa force s’épuise progressivement sous le poids de la croix, chaque pas devient plus lourd, pourtant Jésus continue et il ira jusqu’au bout.
Sur la croix, au bout de ses souffrances, Jésus lance un cri à son Père : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui signifie : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ce cri a fait réagir ceux qui étaient présents auprès de sa croix pensant qu’il faisait appel au prophète Élie. Ce cri peut nous faire réagir encore aujourd’hui même en comprenant le sens des mots. Le Père aurait-il abandonné son Fils bien-aimé ? Par ce cri, Jésus reprend le psaume 21 (22) pour s’adresser à son Père. Ce psaume décrit parfaitement la situation dans laquelle se trouvait Jésus : « raillé par les gens, rejeté par le peuple », « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. » Le supplice est atroce, mais il l’embrasse avec amour pour l’humanité ; car il le sait bien, il faut que l’Unique soit défiguré pour que la multitude soit transfigurée, il faut que l’Unique soit humilié pour que la multitude soit glorifiée, il faut que l’Unique meure pour que la multitude soit sauvée. Dans l’obéissance, il a pris le chemin par où lui seul devait passer, car lui seul pouvait sauver le genre humain par le sacrifice de son sang.
Avant de mourir, Jésus remet tout entre les mains de son Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » (Lc 23, 46). Cela nous fait découvrir que le Christ n’a pas été abandonné, mais il s’est plutôt abandonné au dessein d’amour de son Père. Aujourd’hui, devant les épreuves et les souffrances du monde, Dieu nous aurait-il abandonné ? Pourtant, c’est pour nous que le Christ a souffert, ce sont nos fardeaux qu’il portait, c’est pour notre bonheur qu’il a enduré la peine. En effet, avant de nous plaindre en supposant que Dieu nous a abandonnés, nous ferions mieux de nous questionner : « N’avons-nous pas abandonné l’amour du Seigneur ? Sommes-nous prêts à nous abandonner à sa volonté ? ». Devant le sacrifice d’amour du Christ, chacun (e) est invité (e) à faire cette prière avec saint Charles de Foucauld : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira…». Car nous ne pouvons être sauvés qu’en Dieu.
Providence, je me jette en votre sein amoureux.
Si le monde me rejette, j’en suis d’autant plus heureux ;
Plus je vois qu’on m’abandonne et plus j’espère de bien,
Et quand je n’aurai personne, vous serez tout mon soutien.
(Saint Louis-Marie de Montfort, cantique 28, 36)
Père Ekenley JEAN-NOËL (Tito), smm