VINGT-TROISIÈME DIMANCHE ORDINAIRE A
Ez 33, 7-9 Ps 94(95) Rm 13, 8-10 Mt 18, 15-20
La liturgie de ce dimanche nous introduit au cœur du quatrième grand discours de Jésus dans l’Évangile de Matthieu. Il s’agit d’un discours sur la vie de l’Église: un véritable enseignement sur la manière dont nous, membres de la communauté chrétienne, sommes appelés à vivre nos relations les uns avec les autres. En vertu de la dette de l’amour mutuel qui nous lie les uns aux autres, nous avons la responsabilité de nous aider à marcher dans la vérité et à demeurer dans la communion.
Ce n’est pas un hasard si, juste avant ce passage, Matthieu rapporte la parabole de la brebis perdue. Jésus y affirme clairement que le Père ne veut pas qu’un seul de ses petits se perde. La correction fraternelle dont il est question aujourd’hui doit donc être comprise dans cette perspective: veiller à ce qu’aucun de nos frères ne se perde. Comme ce berger, laissant les quatre-vingt-dix-neuf autres pour s’en aller à la recherche de celle qui est perdue, il y va de ma responsabilité de chercher à rejoindre mon frère et le ramener à la communion. Et, surtout sans le condamner!
L’image du guetteur dans la première lecture est particulièrement parlante. Imaginez une ville placée sous haute surveillance parce qu’un danger la menace: l’ennemi est repéré et une attaque semble imminente. Perché sur les remparts, le guetteur a une mission bien précise : voir le danger et avertir le peuple. S’il ne le fait pas, il devra rendre compte du sang de ceux qui auront péri parce qu’ils n’ont pas été avertis. Où sont-ils les prophètes (guetteurs) de notre temps? Faut-il bien se demander combien il en reste dans nos communautés quant on vient à constater l’indifférence des uns et des autres. Quand ce n’est pas le silence indifférent, c’est parfois la condamnation agressive. Ces deux attitudes peuvent être profondément destructrices pour nos communautés: certains meurent à petit feu dans leur solitude, tandis que d’autres s’éloignent peu à peu, jusqu’à ne plus revenir.
L’amour fraternel s’oppose à toute forme d’indifférence. La fraternité exige que l’on ait le courage de s’approcher de son frère, l’écouter et l’accompagner. Nous avons donc cette dette les uns à l’égard des autres: la dette de l’amour mutuel. En effet, la correction fraternelle dont parle Jésus est une pédagogie qui relève de cette exigence de l’amour qui cherche à gagner son frère. Cette exigence de l’amour ne dépend pas de la qualité de celui que nous avons devant nous. Comme l’écrit saint Louis-Marie de Montfort : “qu’il soit saint ou coupable. Qu’il soit petit ou roi. Qu’il soit pour ou contre moi, il n’en est pas moins aimable quand je le vois par la foi. Il faut bien que j’aime. J’aime mon prochain…. “ (Ct 148).
Lorsque, comme Montfort, je vois l’autre comme un frère aimé de Dieu, je ne peux plus rester indifférent à son égard. Mais alors, quand apprendrons-nous à nous reprendre sans nous condamner mutuellement? À nous dire la vérité sans chercher à humilier l’autre? À être en désaccord sans cesser de nous aimer ni de nous reconnaître aimés?
C’est en apprenant cela que nous parviendrons à affronter nos conflits dans la vérité et la charité, et à transformer nos blessures en chemins de pardon, de réconciliation et de communion. Alors, nos communautés deviendront véritablement des lieux où le Christ se rend visible, selon sa promesse : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.
- Jackson FABIUS, smm
Feu de la SAGESSE